À propos
La forme et le fond
Durant mes études, j'ai appris à tenir un crayon, un fusain, un pinceau. J'ai appris les différentes techniques, les périodes et les courants artistiques associés. Plus que dessiner, peindre ou autre, j'ai appris plus sur l'humain et ce qui l'amène à utiliser ce mode d'expression, et surtout sur la période et les idées d'une époque. Dans les faits, si la forme est un vecteur d'analyse, l'humain reste le fond. Les évolutions technologiques ont largement contribué à diffuser et démocratiser les idées.
Parcours
La communication visuelle
Dans mon domaine de compétence, la communication visuelle, cette évolution a permis un gain de temps et, par voie de conséquence, une productivité non négligeable. Elle a aussi multiplié les canaux de diffusion. Cela m'a demandé une certaine résilience : accepter que la souris ou le stylet prennent la place de ma « trousse », que la pellicule devienne un objet « vintage », et que la capacité de stockage ou le débit de ma connexion deviennent des préoccupations permanentes.
Cette technologie a une histoire simple : de l'imprimerie à l'ordinateur personnel, puis à l'arrivée d'internet. Chaque rupture a démocratisé un peu plus la diffusion des idées. La dernière en date, l'intelligence artificielle, ne fait pas exception : bien utilisée, elle est devenue pour moi un outil d'écriture et de développement à part entière.
En février 1968, dans le catalogue d'une exposition au « Moderna Museet » à Stockholm, l'artiste Andy Warhol écrit :
À l'avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale.
Si à l'époque la référence était la presse écrite et la télévision, on ne peut que constater que les réseaux sociaux ont supplanté et amplifié ce phénomène à l'heure où j'écris ces mots.
Dans les faits, on ne peut que se satisfaire de cette démocratisation des outils de communication. Mais je ne peux m'empêcher d'y voir un paradoxe : dans la masse d'informations diffusées, l'individu n'y a plus sa place, tout comme le crayon, le fusain ou le pinceau n'ont plus la leur dans les créations destinées à communiquer.
Démarche
Retrouver le contact
Je vous ai parlé des conséquences dans mon domaine professionnel, mais d'un point de vue humain, qu'en est-il ? J'ai choisi d'étudier l'art et ses techniques pour me rapprocher des gens sans les étouffer. Dessiner à la terrasse d'un café des attitudes populaires, immortaliser avec un appareil photo des scènes de vie quotidienne, illustrer des moments de vie, tout cela au contact de mes semblables. De par la photographie, je pouvais avoir un contact privilégié avec des personnes. Échanger, les laisser se livrer pour pouvoir tirer le meilleur d'eux par l'intermédiaire d'un portrait qui leur permettait de se voir autrement, plus avantageusement. C'est parce que j'ai perdu tout cela que ces évolutions ne m'intéressent plus. Je pense que ce sentiment d'isolement technologique m'a réellement motivé pour changer de voie professionnelle, pour retrouver le contact humain et réutiliser la photographie pour échanger, partager.
Pour conclure, je citerai Henri Cartier-Bresson :
« Photographier, c'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur. »